Réalisée par Denis Taton pour Prog-résiste

PR: Nous vous avons découverts lors de ce concert de début d'année au Spirit of 66. Nous avons été agréablement surpris par votre prestation. Quelles sont vos impressions de cette soirée ?
TH: c'est incroyable ! On ne s'attendait pas à un tel accueil. Lorsque Francis Géron nous a proposé de jouer un samedi soir chez lui, on se demandait franchement ce qui allait se passer. Nous sommes de parfaits inconnus et on se disait qu'il y aurait une cinquantaine d'entrées à tout casser, les petites amies, les copains et la famille compris. On a, en fait, réalisé 155 entrées payantes. C'est inouï !
Salva: On était vraiment stressés, d'autant plus que nous allions " faire " le Spirit et que nous ne savions pas quel serait l'accueil. Les copains et surtout Prog-résiste ont mis l'ambiance et cela nous a beaucoup aidés. C'est un magnifique souvenir.
TH: Dans l'ensemble nous sommes très contents. Comme cela fait deux ans que nous jouons ce répertoire, il est fin prêt pour la scène. On espère encore jouer beaucoup cette année, et nous enregistrons actuellement un mini-cd.
PR: Bon, revenons à des questions classiques. Qui êtes-vous ? Et d'où venez-vous ?
TH: au départ, Salvatore et moi, on se connaissait du lycée mais on s'était un peu perdu de vue pendant cinq ans. Je jouais dans un groupe de classic rock nommé "Hit the road" et, avec le premier claviériste du groupe, on avait fait un concert lors d'une exposition, concert qui avait bien marché. Mais les autres musiciens du groupe n'étaient pas très emballés et on s'est séparés. Je ne voulais pas en rester là et avec un copain, Laurent Rieppi (NDLR: journaliste bien connu de Classic 21, la chaîne musicale nationale dont Marc Ysaye est le directeur), on a commencé à écrire des textes pour une sorte d'opéra rock, comme Tommy ou Quadrophénia. Il fallait trouver les musiciens et quelques jours plus tard, sans concertation entre nous, j'ai eu un coup de fil de Salvatore qui voulait rejouer de la basse dans un groupe de rock, comme au temps du lycée. Ensuite Salva a mis une annonce dans un journal Luxembourgeois, à laquelle a répondu le grand dadais qui nous sert de batteur (rires).
Salva: j'ai aussi amené Marc, notre violoniste, et Max, le claviériste de Hit The Road. A nous cinq, avec Laurent en plus, nous avons composé quatre- cinq morceaux dont Foggy world. Laurent trouvait que Foggy Stuff serait un nom qui sonnait bien par son côté mystérieux, inquiétant, et nous l'avons adopté lors d'une répétition.
TH : De plus, cela correspondait bien à l'histoire que nous construisions à travers nos textes et notre musique. En gros, nous avons repris l'idée du livre de Georges Orwell "1984", qui décrit une société inquiétante où l'être humain est épié, même dans son intimité. Sur scène, nous arrivons déguisés en Fake Angels, et des projections de fabrication maison viennent étayer notre musique et décrivent l'histoire de ce personnage traqué. En gros, c'est le concept de notre opéra-rock.
Salva :En décembre 2004, Max est parti et nous avons recherché un autre claviériste. Nous sommes allés voir Adrien en concert, et il nous a impressionnés par sa maîtrise et nous l'avons invité à une répétition. Je me souviens toujours de ce moment où Thierry a joué une fois le début de Fake Angels et qu'Adrien s'est assis et l'a reproduit note pour note. Nous avions trouvé notre claviériste. TH: une fois le groupe constitué, nous avons retravaillé les morceaux en essayant de faire une histoire qui tienne la route, au niveau des textes et de la musique. C'est le 26 novembre 2005, à Flémalle, que nous avons enfin présenté le projet, qui a été favorablement accueilli par le public. La suite, c'est le Spirit...

PR: D'après la démo, on devine que vous avez écouté différents groupes des années 70 et 80. Quelles sont vos influences ?
TH: personnellement, j'aime les Who, Camel, Caravan, Kansas, Pink Floyd et tous ces groupes dont la musique se veut mélodique. Je trouve que dans ce genre de musique, on peut aller plus loin. Dans un morceau de dix minutes, tu peux faire passer un tas d'idées et d'émotions. C'est autre chose que le traditionnel couple refrain de trois minutes.
Salva: je suis plutôt métal. Métallica, Deep Purple,... mais pas le style Cradle of Firth ou autre truc du genre. J'aime bien l'album "damnation" d'Opeth, très planant. Mais Genesis reste pour moi un sommet et c'est le genre musical dont nous voudrions nous rapprocher.
Raph: (sourire) ben oui, les groupes précités me plaisent mais j'ai une préférence pour la "west coast": Eagles, CSNY, James Taylor,... non, je suis cool, mais j'aime aussi les batteurs techniques. C'est mon tempérament ainsi.
Adrien: je ne connaissais pas du tout le progressif, je l'ai découvert il y a un an. J'écoutais beaucoup de la variété et j'ai une formation classique. Je suis toujours aux études, à l'académie de musique de Namur. Un copain me parlait tout le temps de Dream Theater et j'ai bien dû l'écouter. De même que Planet X, que j'aime beaucoup. Mais je n'ai pas l'impression que c'est ce que nous faisons dans Foggy Stuff ressemble à cela. Sans vouloir se vanter, je crois que notre musique est plus variée. On a diverses influences chacun et on met cela en commun.
Salva: un groupe, c'est comme une éponge. Chacun y verse sa petite fiole, on agite puis on presse l'éponge. Ce qui en ressort est différent de ce que l'on y a mis au départ même si l'on retrouve des petits morceaux des matières initiales. Chacun amène son bagage culturel et musical.
TH: ce que je reproche un peu aux groupes actuels qui font du prog, dans la scène métal-prog particulièrement, c'est qu'ils ont tous le même son, le même riff de guitare. Ils manquent cruellement d'originalité. Mais c'est juste un avis. Nous essayons d'avoir une personnalité et un son bien à nous.
PR: et les autres membres du groupe ?
TH: Aurore, que je connais bien (scoop: c'est ma petite amie), n'est pas du tout dans le monde du prog. Elle aime Céline Dion, Lara Fabian, mais aussi le chant lyrique. Elle pense même reprendre des cours. Elle participe avec succès à des karaokés et s'intéresse à l'opéra. Je pense que, lors de l'enregistrement, elle aura un peu plus l'occasion de s'exprimer car sa voix colle bien avec notre style musical. C'est à elle que l'on doit l'improvisation sur " Transition I " au début du spectacle. Elle l'a composée trois semaines seulement avant le concert du Spirit. On l'a de suite ajoutée à notre set-list car cela sonne très Pink Floyd (Dark side…) et colle bien avec le concept.
Salva: Marc est branché musique latino. Tout ce qui est entraînant, coloré,etc... l'intéresse. Dans nos compositions, il recherchera toujours le côté mélodique, la fluidité. Son apport dans le groupe est primordial et les lignes mélodiques de son violon rappellent des groupes comme Kansas ou Caravan.

PR: pourquoi avoir choisi le créneau progressif, anticommercial par nature ? Vous êtes relativement jeunes et ce genre musical n'a pas vraiment la cote auprès du public branché. Vous ne pensez pas faire carrière ?
TH: comme je te l'ai dit, on écoute des groupes des années '70, on fait des reprises de classic rock, et ce genre musical nous plait tout naturellement. Nous n'aimons pas les étiquettes. Je ne sais pas si notre musique peut être qualifiée de "progressive" mais elle se rapproche de ce genre musical.
Salva: il ne faut pas cloisonner trop vite. Apparemment, le public prog nous apprécie (du moins ceux qui ont assisté à nos rares concerts). Nous sommes ouverts à tous et chacun peut y trouver ce qui lui plaît. La musique lève les barrières entre les gens. Le public du Spirit était très varié, si tu te souviens.
TH: il y a même un de nos fans qui assiste à toutes nos sorties, alors que c'est un assidu de techno. Il a trouvé dans notre musique quelque chose de flippant et adore nos concerts. Il veut acheter notre cd dès sa sortie. Tout peut arriver.
PR : au niveau des claviers, c'est essentiellement du piano…
Adrien : oui, c'est ma formation classique qui fait cela. J'aime les sonorités de piano. Au début, ils m'ont demandé de mettre beaucoup d'orgue mais je n'étais pas à l'aise et j'ai préféré le piano.
TH : on a même essayé du mellotron mais cela sonnait trop triste et même faux. On a laissé Adrien choisir et il joue très bien des claviers. Avec Hit the Road, notre premier claviériste mettait du Hammond partout, cela sonnait très Deep Purple. C'était trop chargé mais cela collait avec l'étiquette " classic rock " qui était la nôtre à l'époque. Ici on voulait sonner plus " progressif ". Pour moi, le mellotron évoque King Crimson, un de mes groupes favoris, mais dans Foggy Stuff ce type d'instrument ne colle pas très bien avec notre ligne mélodique. On a abandonné l'idée pour l'instant mais peut être qu'un jour on en mettra. Le violon remplace en quelque sorte le mellotron, si tu veux. Marc, le violoniste, est toujours soucieux de la ligne mélodique des chansons, il fait toujours en sorte que cela sonne bien, comme si cela devait devenir un tube (rires). Je ne sais pas si on passera un jour en radio. Mais je pense que notre musique est assez accessible, même si on cherche à sortir un peu des sentiers battus.
PR : et l'avenir ?
Salva : on est occupé à enregistrer un cd de 5 titres avec Alain Léonard, ancien bassiste de Rapsat et W. Sheller. Il a bien aimé notre musique et c'est un ingénieur du son très pointu. Son travail est très pro. On est surpris par le son qu'il parvient à sortir de nos compositions. Je crois que vous aussi, vous serez surpris du résultat.
Raph : c'est un ami de mon père et je joue parfois avec lui. Ce cd servira aussi à trouver un label car de ce côté-là on n'est encore nulle part. Adrien : il faut aussi que l'on joue sur scène car cela nous manque et cela nous permet de se faire connaître. Mais d'abord terminer le cd.

PR : pourquoi avoir choisi l'anglais pour le chant, alors que vous êtes francophones ?
TH : assez bizarrement, c'est plus simple pour moi d'écrire en anglais les paroles d'une chanson. Pour les non anglophones, il y a un côté un peu mystérieux dans des textes en anglais.
PR : vous avez suivi une formation musicale particulière ?
Adrien : je suis au Conservatoire et je m'intéresse aussi aux techniques de jazz. Je continue ma formation classique.
TH : on est presque autodidactes même si Salvatore et Raphaël ont suivi des cours (et devraient en reprendre…) (rires). Marc a aussi une formation classique et aime toujours la musique latino. Mais question rock, il adore Pink Floyd (c'est nous qui lui avons fait connaître) et Kansas.
PR : vous êtes officiellement invités à la Convention de Prog-résiste. Qu'est-ce que cela représente pour vous et qu'attendez-vous de ce festival ?
FS : nous sommes très flattés d'être sur cette affiche. Nous espérons que ce sera un tremplin pour nous afin de se faire connaître sur la scène progressive. Ce sera aussi l'occasion de rencontrer d'autres groupes, d'apprendre des choses et de découvrir de nouveaux styles… et de se faire connaître, bien sûr ! Nous attendons que cette convention nous apporte un nouveau public et peut être un label.
PR : vu vos influences musicales, que vous revendiquez fièrement (Who, Eagles, Pink Floyd, King Crimson, Kansas,…), il est normal que le public prog s'intéresse à vous. Cette étiquette " groupe prog " ne vous gène-t-elle pas ?
FS : pour être honnête, cette étiquette " groupe prog " nous ennuie un peu car elle est trop restrictive. Non pas que nous n'aimions pas le progressif, mais nous ne voudrions pas que cela nous renferme dans un monde. Nous préférerions être reconnus pour ce que nous faisons plutôt qu'au travers de l'étiquette que l'on nous aurait collé. Nous ne pensons pas que nos influences soient si restrictives que cela. Disons que l'on s'inspire d'un peu de tout, mais essentiellement du rock des sixties et seventies. Il est vrai que des noms comme Deep Purple pour les claviers et The Who pour ce qui est opéra-rock, sont ceux qui reviennent le plus souvent. Aussi Camel ou Pink Floyd pour la guitare. Lors de nos répétitions, on n'arrête pas de citer pleins de noms : " c'est du ceci, ou du cela… ", ça nous amuse.
PR : Si vous deviez faire passer un message concernant cette Convention, que diriez-vous ? Que diriez-vous, entre autre, au mélomane qui hésite encore à venir les 13 et 14 octobre prochains ?
FS : nous dirions simplement que nous sommes vraiment heureux de faire partie des invités et que nous promettons un show encore plus excitant que celui du 7 janvier dernier au Spirit (maintenant nous connaissons la salle). Nous croyons que tout mélomane averti viendra spontanément tendre une oreille aux concerts car tout le monde peut trouver son bonheur dans une telle affiche.
