Compte-rendu du concert du 3 novembre 2002.

Première visite en Bénélux pour Mangala Vallis, première occasion pour nous de les voir « en vrai », mais double occasion en vérité, puisqu’ils étaient déjà hier au ProgFarm, festival du Nord de la Hollande, et moi aussi. C’est peu dire qu’ils ont crevé l’affiche du festival hier, leur prestation fut magistrale en tous points. Ma décision de « faire » les deux concerts était déjà prise depuis longtemps, mais maintenant elle ne laissait vraiment plus de place au doute !

 A peine le temps de prendre un bain après les 400 bornes « back from Holland », et hop me voilà reparti on the road again direction to Verviers, où je retrouve avec un grand plaisir mes nouveaux amis italiens, principalement le batteur Gigi Cavalli Cocchi avec lequel j’ai sympathisé depuis longtemps par mail et qui nous a fait l’honneur hier de venir déguster de la Rochefort en notre compagnie. (forte Bière Trappiste Belge, pour ceux qui l’ignoreraient … )

Nous sommes en plein sound-check, et je comprends aux mines qu’ils me font (bouche pincée et yeux grand ouverts) qu’ils sont déjà pris par la magie de l’endroit, la chaleur de l’environnement boisé, la perfection du son, et la professionnelle bonhommie du patron à la table. Table de mixage, je précise. On ne mange pas encore. (D’ailleurs là aussi le patron est impressionnant ! ;-)


Gigi, Enzo, Mirco

Le confort d’aujourd’hui n’a rien à voir avec l’environnement festivalier d’hier, alors pourquoi pas en profiter à fond, et peaufiner les réglages au mieux : un peu plus de chœurs dans les retours par-ci, un peu moins de clavier dans les retours par là, un peu moins de volume à l’ampli guitare, … Ce n’est pas si simple : chacun des deux guitaristes possède électrique et acoustique (posée sur pied), les claviers sont au nombre de quatre (dont un merveilleux XB2 flanqué de son incontournable Leslie), et tout ça joue en même temps ou à tour de rôle au cours d’un même morceau. C’est finalement du travail de dentelle ; un jour que j’aurai le temps, il faudra parler un peu de ce travail faramineux de « faiseur de son », je suis certain que ça vous passionnerait !! Bonne idée, ça, une interview « technique » avec Francis, et même pourquoi pas dans Prog-résiste !?! Permettez, je note l’idée dans mon calepin ….. voilà.

 Bon c’est l’heure de manger. Il est tard et quelques personnes attendent déjà le feu vert de Madame Geron pour rentrer. Moi je me charge d’aller chercher la boustifaille chez le traiteur chinois du coin et zou, mangare … Une heure à table avec Mangala Vallis, une heure à parler musique, prog, Italie, souvenirs et projets communs, voilà qui passe bien trop vite … tout cela grâce à la gentillesse et la disponibilité de Gigi, qui me fait même l’honneur de parler en Français !! Quelques bribes de notre conversation :

 

PR : Gigi, tu ne m’as jamais dit d’où venait ce nom ?

GCC : Mangala Vallis ?  Ah oui ! Le projet avait déjà pris corps entre nous trois, Enzo, Mirco, et moi, mais nous ne parvenions pas à trouver de nom pour le groupe. Tu sais que notre album « book of dreams » est un hommage à Jules Vernes, et que nous sommes des passionnés de Science-fiction. J’étais un jour en vacances dans le sud de la France, à lire un de mes romans préférés, quand je suis tombé sur un passage qui parlait d’une région de la planète Mars, dénommée la vallée de Mangala. Mangala Vallis. Ca m’a paru tellement bien « sonner » que j’ai immédiatement téléphoné aux autres, qui ont été emballés ; et voilà !
Nous nous connaissons depuis très très longtemps, nous avons baigné dans la même musique lorsque nous étions jeunes.

 PR : Ah oui ? Laquelle ? note que je devine …

GCC : Nous habitons dans une petite ville en Parme et Bologne, et très curieusement, nous avons pu y voir plusieurs fois des groupes comme King Crimson, Yes, Gentle Giant, Genesis … Notre amour de cette musique date de cette époque, elle correspond à notre personnalité, elle fait partie de notre construction. C’est aussi pour cela que nous chantons en Anglais plutôt qu’en Italien. A l’époque, quand nous rêvions de jouer et de composer notre musique, nous ne l’imaginions qu’en anglais. Et puis l’anglais a un côté universel que n’a pas l’italien.
Nous jouions déjà ensemble, mais jamais nous n’avons eu la possibilité d’enregistrer.
Je te donne un exemple : Le morceau « the book of dreams » a été composé à l’époque (la fin des années ’70) par Mirco ; et en l’écrivant, son rêve était de l’entendre chanté par Bernardo Lanzetti, chanteur de PFM et véritable star pour nous à ce moment.

 PR : Ah bon !?! comme si moi je m’étais mis à écrire un morceau pour Peter Gabriel, quoi … (rires)

GCC : Exactement, sauf que lui, Mirco, il est finalement parvenu à l’enregistrer son morceau, et qu’en plus c’est bel et bien Bernardo Lanzetti lui-même qui est venu le chanter !! C’est pas beau, de réaliser ses rêves de jeunesses ???

PR : Une leçon de vie, mon cher Gigi !! Rien ne serait donc inaccessible, pour autant qu’on ait volonté et patience …. (rires encore). Mais toutes les compositions de l’album ne sont pas aussi âgées !?!

GCC : Non, bien sûr, et cela s’entend d’ailleurs, je pense. Le dernier morceau composé est celui qui entame l’album, « Is the end the beginning », et qui nous ressemble le plus en ce moment. Nous avons beaucoup d’idées pour le prochain disque, qui partiront de là pour aller plus loin encore ! Et cette fois, nous tâcherons de ne plus mettre 3 ans pour le réaliser ; il devrait voir le jour en 2003, si tout va bien.

PR : Comment réagit le public italien ?

GCC : Certainement pas mieux qu’ici. Des groupes aussi prestigieux que Le Orme peuvent très bien jouer aujourd’hui devant 60 personnes … Notre musique ne correspond plus aux standards des médias, et surtout ne rentre plus dans le schéma culturel actuel « vite produit, vite consommé, vite oublié ». Je ne pense vraiment pas que le rock progressif puisse un jour revenir au devant de la scène, mais cela ne nous empêchera pas d’en jouer, car c’est la musique qui sort de notre cœur, celle qui nous correspond. Malheureusement, l’ Italie est grande, et les groupes se connaissent très peu entre eux. Je n’ai par exemple jamais vu The Watch, jamais rencontré Simone Rossetti.

 PR : Tu le rencontreras peut-être un jour à Verviers ? (rires)

GCC : Ce serait merveilleux !! j’ai vu la liste des groupes qui viennent jouer, je ne peux pas le croire ! Mais je comprends déjà mieux maintenant que j’ai goûté au son de la salle, et à l’hospitalité de Monsieur Francis ! Et puis nous avons quelques affinités avec la Belgique : mon épouse est originaire de Charleroi. La maman de Fabio (le chanteur) vient du Nord de la France, près de la frontière. Et connaissant la Belgique comme étant le premier pays à avoir accueilli Genesis, notre cœur ressent quelque chose de particulier à pouvoir jouer ici …

PR : Hélà… tu me la fais au charme italien, là …… !!!

GCC : Non, non, non !! et je vais même t’en dire plus : nous avons eu le cœur qui palpitait quand nous avons vu les articles sur nous dans Prog-résiste. Nous n’arrivions pas à croire que cela parlait de nous. Les yeux de mes amis s’embuaient au fur et à mesure que je leur traduisais vos textes. Et puis aussi …. Vous avez les meilleures bières du monde !! (rires)

PR : Oui, bon … reparlons de toi. Tu as fait quoi, avant ?

GCC : J’ai été batteur professionnel pendant quelques années, notamment derrière quelques bonnes pointure du rock italien. J’ai aussi joué dans un groupe de rock expérimental, un truc un peu tordu.

Intervention de l’ami « manager » : il ne te le dira pas, mais il a déjà joué dans des stades de football remplis, en première partie de groupes comme Foreigner, ou d’autres ….

Hum … oui c’est vrai. Ca jette un stress énorme, mais cela reste incomparable émotionnellement par rapport à venir ici jouer sa propre musique devant quelques personnes qui viennent exprès pour toi. Ici, c’est ma personne que je livre. Là-bas, je « travaillais » …

PR : Il va bientôt être l’heure, Gigi ; On se revoit après le concert ??

GCC : Bien évidemment !

Je regagne la salle, suffisamment remplie pour que cette soirée puisse tourner à la fête, on va bien voir. Beaucoup d’amis sont présents, quelques nouveaux aussi. C’est un autre plaisir que nous offre le prog : cette possibilité de rencontres amicales et bon enfant autour d’une passion commune. Celle de la musique. Première rencontre avec Philippe et Zoé (de Pengla), comme quoi il semble que la « famille » continue à s’élargir ; famille avec ce que cela représente de diversité et d’ouverture, mais aussi de respect et d’amitié. Instant magique où nos saines divergences se mettent à momentanément converger, pour que ce mélange hétéroclite de personnalités provoque ces sensations si typiquement humaines : l’émotion, et la fête.

 Elle commence, la fête.

En douceur avec l’ « ouverture » de l’album, le temps pour les musiciens de s’installer. Puis badaboum, l’intro bombastique de “is the end the beginning”. Avec l’entrée en matière de toute la “fanfare” et du Hammond plus particulièrement. Les chœurs parviennent difficilement à cacher le martèlement de la vieille Rickenbacker, et les duos de guitare parachèvent le montage. Fabuleuse entrée en matière, jusqu’à ce qu’un match hammond-guitare ne débouche sur le break planant dont le but principal est de lancer sur orbite le rythme de basse qui va en découler. Et là, c’est vrai qu’on est pas très loin de l’ Apocalypse en 9/8 de Supper’s ready ; sauf qu’ici, si je ne me trompe, on est bien 8/8. J’adore les break de guitare acoustique qui relancent la machine, les courtes interventions de moog, et finalement la longue montée en puissance des chorus samplés aboûtissant à un déluge de Hammond, de quoi terminer en beauté sur une note très « Floyd » époque dark side.

Ca c’est de la puissance et de la structure !

Structure on savait déjà en écoutant le disque, mais puissance, là, on est vraiment soufflé ! Même les plus sceptiques sont rassurés : nous sommes en face d’un grand groupe de rock, ça pêche un maximum, et ça va chauffer dur !

L’album sera joué en entier, et dans l’ordre de l’enregistrement. Voici par conséquent « the book of dreams », et ses passages de guitares évoquant irrésistiblement « I know what I like ». Mais pour le dire comme je le pense, ce morceau-ci est mille fois meilleur que le « I know » dont je sais que je ne l’ai jamais aimé ! Il donne même l’occasion à un petit travail de voix enchevêtrées que ne renierait pas Spock’s Beard, ou GG avant eux, si on veut.

Fabio chante parfaitement bien. Avec la chaleur d’une voix légèrement cassée à l’italienne, et une splendide puissance. Il peut à volonté prendre les intonations e « qui vous savez », ou bien celles des grands chanteurs de pop italienne. Puissance et émotion : cocktail parfait pour atteindre le paradis des frontmen : ce petit quelque chose qui provoque l’appel du regard, cette présence qu’on finit par nommer charisme quand elle vous prend aux tripes. Bravo Fabio ! tu nous as franchement impressionné !  J’espère vraiment te revoir avec Mangala Vallis !

La suite de l’album, et notamment le magnifique « the journey » mettra en lumière quelque chose que j’ai toujours pensé : la grande classe scénique d’un groupe de rock progressif se mesure souvent à la puissance qu’il parvient à mettre sur les morceaux en mid-tempo. Ici, même les passages relativement lents sont sujet à une emphase impressionnante. En cela, gros son à l’appui, ils me rappellent un peu Pallas. Exemple faramineux dans les « beleive in meeeeeeeee » de la fin de « the journey »(morceau que j’adore). Ce qui est aussi remarquable, c’est que ces excellents musiciens, pas une seule fois, pas une seule, ne se lancent dans la moindre démonstration inutile qui n’apporterait rien au morceau ni à l’ambiance. Ca aussi, c’est la classe, et Gigi ne fait pas exception : rien de superflu, rien qui ne participe au symphonisme du tout.

Plus on avance dans l’album, et plus Mirco se déchaîne. Lui qu’on aurait eu tendance à croire réservé, presque timide, se transforme en bête furieuse triturant ses guitares, puis s’apaisant sous l’appel de son acoustique, avant de repartir faire pleurer sa Gib, comme sur l’intro de « Days of light » qui m’a vu démarrer un langoureux slow avec mon copain Alain … ;-))

Dommage qu’on a pas eu droit au saxophone ….. on peut pas tout avoir.

L’instrumental « Under the sea » va mettre tout le monde sur le derrière. Ca va s’arrêter où la puissance ?? C’est ici que je remarque une fois encore l’importance du mix. L’importance des claviers sur ce morceau est fondamentale, (les guitares servant surtout à imprimer rythme et puissance). Les keys se chargent de tout l’aspect mélodique. Encore faut-il le comprendre, ou mieux, le ressentir …. En tout cas, c’est ce qui passe dans les haut-parleurs ! Combien n’auraient pas massacré le bazar en mettant les guitares devant, sous prétexte qu’ils se balancent à l’avant de la scène ?

« Asha ». Là, c’est tellement Genesis qu’on en dirait du Anthony Phillips ;-)). Enfin pas tout le temps. Pas quand la section rythmique se déchaîne à la fin. C’est terrible. Je regarde le public, et constate le bonheur des gens, celui qui se remarque au sourire qu’on ne peut pas maîtriser, au corps qui se balance, à la tête qui marque le tempo, au plaisir partagé.

Le concert se termine, (et oui déjà, puisqu’il n’ont qu’un seul disque), sur « a new century », qui est à mon avis la chanson la plus typiquement « néo-prog » du disque.

Ovation géante, cris et battements de pieds, le public exulte. Mangala Vallis revient.

Bon. Va falloir faire aut’chose. Vous aimez le prog ? Ouuuuuuuais. Le vieux prog ? Ouuuuuuuais. Alors en v’là, et du vrai pur jus.

« 21st century schizoid man », dans une interprétation magistrale, à mettre sur le derrière le plus grand fan de King Crimson, avec le public qui chante et hurle, avec le Spirit qui vibre, avec Fabio qui se soulève, avec Alain qui frissonne, avec Fred qui cymbale-crash, avec la mer du Nord pour dernier terrain vague, … ? qu’est-ce que je dis, moi 

 

Mais c’est encore rien !! enchaînement direct avec « the court of the crimson king » !! C’est précisément là, je crois, en hurlant le refrain avec tout le monde dans le micro que nous tend Fabio, que je vais perdre la voix que je n’ai pas encore retrouvée à l’instant où j’écris ! Parce que c’est pas joué à la mélancolique, ici, c’est du rock de chez rock, du qu’on a pas besoin de tordre pour qu’il coule ! Là on transpire pour de bon ; tout le monde.

Grelin grelin, petite intro électronique reconnaissable, c’est pas du Gab, ça ? mais si !! « On the air » . Va encore falloir gueuler ! Quelle affaire.

 

Ils s’en vont, ils reviennent. Mais pas tous. Clavier-basse-guitare acoustique, lumières tamisées (excellentes, d’ailleurs les lumières, elles ont ce soir largement participé à la fiesta !!), c’est Andrea le bassiste qui chante en italien, une véritable merveille d’émotion dont les transalpins ont le secret. « Impressioni di settembre », un must de PFM années ’70. Dieu que c’est beau, que c’est émouvant. Frissons garantis.

Il s’en vont, pour de bon. Qu’ils croient !! Ils ont « fini » leur feuille de route. Bah, on n’a qu’à terminer comme on a commencé, et « Is the end the beginning » est pour cela parfaitement indiqué !! En route pour un bon gros bis, encore supérieur de puissance par rapport au début. Cette fois, ils ont tout donné, on a tout reçu.

Je rejoins les héros du jour backstage, et tombe dans les bras de Gigi et Fabio. Ils sont comme ivres de bonheur, mais visiblement très fatigués. Mirco est assis, jupiler à la main, et ne bouge plus guère. Enzo, d’une discrétion toute bouddhique, dégage une félicité intérieure étonnante, et Andrea le guitariste trépigne de joie, bien conscient de la qualité de sa prestation. Voilà qu’arrive le patron en personne, Francis, qui chose rare vient applaudir les musiciens dans les loges. Il a manifestement fort apprécié, et le fait savoir. Andrea lui fait alors le plus beau compliment qui soit : plus difficile encore que de créer un beau son, il est parvenu à « sentir » la musique, à mettre en avant celui qu’il fallait au moment qu’il fallait, les musiciens n’ont jamais dû « chercher » la note dans les retours. Il devrait être Italien, ajoute-t-il en riant !!

Gigi me confirme avoir passé une soirée purement magique, mais la séance de dédicace nous laisse peu le temps de parler : pas grave, il prend soin de me signer ses baguettes et de me les remettre amicalement en souvenir de ce concert. Merci !

Et revenez quand vous voulez, vous serez toujours les bienvenus chez nous !!

Piero.

Enzo Cattini - keyboards
Mirco Consolini - guitars, keyboards, Backing vocals
Gigi Cavalli Cocchi - Drums
Fabio Mora - Lead Vocals, acoustic guitars
Andrea Bonetti - Bass, Backing vocals
Andrea Cusato - guitars, Backing vocals

De formidables extraits mp3 sont disponibles sur leur site
www.mangalavallis.it

!!!  EXCLUSIF !!!

Grâce à Francis Geron,
et avec l'aimable autorisation de MANGALA VALLIS,

trouvez ici 4 extraits MP3 du concert !!!

Is the end the beginning
Days of lights
A new century
21st century schizoid man (KC)