Compte-rendu du concert du 14 septembre 2003.

au bas de la page : 2 extraits mp3 du concert !!!

Les lampes s’éteignent, soufflées par quelques premières nappes de mellotron, pré-enregistrées celles-ci, pour donner aux musiciens le temps de s’installer sur scène. Les lumières du bar trahissent la pénombre, et permettent au public de distinguer l’arrivée de Fabio Zuffanti, qui gagne à l’applaudimètre. Normal. Homme discret mais bassiste imposant, il a à son actif bon nombre de projets progressifs dont je ne vous citerai que mes préférés : Hostsonaten, Finisterre, et bien entendu La Maschera di Cera. Vous serez gentils de bien vouloir mettre l’accent sur le A de mAAAAschera (et non sur le E), sinon vous vous ferez reprendre comme moi par Agostino Macor, le claviériste. Et tant que je suis dans ma digression, c’est aussi un musicien de Finisterre, Agostino.

Montée cacophonique, avec le son de basse déjà sursaturé, avec Hammond et Mellotron en folie, avec jets de flûte traversière, avant de redescendre calmement sur un accord d’orgue, et « voglio .. abbandonarmi a te … » qui débute le « Il grande Labirinto » du dernier album. Le décor est planté, ça commence. Ca commence ?? pas pour moi ! petit flash-back …


breakfast in Belgrade

Huit heure quanrante pile-poil à l’aéroport de Charleroi, l’avion en provenance de Milan débarque passagers et bagages avec une précision à faire pâlir la sncb. Parmi eux, 6 italiens que Gilles et moi devons prendre en charge avec comme objectif le sound-check du Spirit à 15 heures. « Tirez vot’plan », nous a bien précisé Francis. Gilles et Fabio se connaissent de longue date, et il ne fut point besoin de petites pancartes pour se faire reconnaître. (les ploucs se reconnaissent facilement entre eux .. ;-).

A voir leur tête, on dirait qu’ils viennent de Tokyo. Pas qu’ils aient les yeux bridés, ou plutôt si, mais par la fatigue. « Nous n’avons pratiquement pas dormi, nous avons quitté Gênes à 3 heures cette nuit pour décoller de Milan ». Et si mes infos sont bonnes, Ryan Air ne nourrit pas son homme. Donc ma proposition est logique : que diriez-vous d’un bon petit déjeuner chez moi, à la maison ? c’est à Namur, sur la route de Verviers. La question n’attend guère sa réponse : « Ssiiiii »

 Et nous voici donc à Belgrade, avec Alessandro en train de filmer mon quartier ( !?), au seuil de ma maison. Gueulez pas trop, tout le monde dort encore, ici … Gilles tu les installes, moi je vais aux croissants. Dévoré. Ils ont dévoré. Croissants, pains au chocolat, tartines, gelée de groseille maison (spécialité de ma femme !), et tutti quanti. Ca fait plaisir à voir. Pareil que la tête d’ Agnès (ma femme, donc) tombant sur 6 italiens rock’n’roll dans la cuisine un dimanche matin ! avec un qui filme dans le jardin, un autre qui regarde les photos au mur, et un autre qui joue avec le chien …. Bah, elle est faite à tout et trouve ça plutôt marrant. Et c’est vrai que ça l’est.


Agostino Macor

Gilles (public-relation de Prog-résiste)(en plus de tout le reste) ne rate pas l’occasion pour étaler les derniers numéros du mag …. Et à la vérité, ils ont l’air soufflés. Ils vont même nous en acheter ! Si, si … ceux où on parle de leurs disques !! Avec même des grosses félicitations pour la présentation générale ! Juré que c’est vrai !

« Bon, on y va les gars », tente le « manager ». Dans le salon, Alessandro (le chanteur) aperçoit pendu au mur le petit tambourin de ma fille, un truc à 5 euros. « Je peux le prendre pour ce soir ? j’ai oublié le mien ! Si sérieusement ! ». Evidemment que tu peux le prendre. Je les plains, les managers. « C’est toujours pareil. Les musiciens et les enfants, c’est pareil, ça n’écoute jamais, faut toujours être derrière ». « It’s only rock’n’roll » répond Alessandro sans rire. « And I like it », répondent les autres. Basta. Hop, tout le monde dehors. Hé non, stop, on va faire une photo devant la porte d’entrée, on dirait Tony Blair devant Downing Street, dit Fabio …. Ainsi fut fait. Le café et les croissants semblent les avoir réveillés, mais ce n’est qu’illusion. Une fois dépassé Andenne, ce sera gros dodo dans l’auto jusque Verviers, et l’ Hôtel des Ardennes où nous les déposons.


Fabio Zuffanti

Cela nous laisse un moment de vacation, mis à profit pour visiter le camping où nous aurons nos caravanes pour la convention, pour se jeter une ch’tite frite place du martyr et un café-terrasse avec Francis qui vient d’arriver. Les claviers de location arrivent également. Comment ça « de location » que vous vous dites !!  Et bien oui, ils sont venus d’ Italie pratiquement les mains vides, avec tout juste une basse, un petit vieux synthé Roland de 1978 qui illusionne un moog à merveille, 3 cymbales, et c’est à peu près tout. Ah non, il y a aussi le petit rack qui va donner à la basse le son « spécial » qui va tellement « amuser » Francis. Et la guitare, demande quelqu’un !! Guitare ? quelle guitare ? pas de guitare, dans la Maschera di Cera, voyons …


Maurizio Di Tollo

15H, les taxis de service (nous, quoi) amènent le groupe au Spirit, en se frayant un passage entre les milliers de fans déjà agglutinés. Enfin, je veux dire Fred, qui vient de nous rejoindre pour assister au sound-check en notre compagnie. Les musiciens découvrent le lieu, et je me risque à demander « surpris, Fabio ? tu voyais ça ainsi ? ». « Honnêtement, non, je m’imaginais cet endroit beaucoup plus petit, en fait ». Devant mon air surpris, il continue : « Non, c’est sérieux, c’est vrai que la salle n’est pas grande mais franchement, la scène est vraiment spacieuse. A Gênes, il n’existe pas de club avec une pareille aisance. Nous, quand on nous parle de club, nous imaginons autre chose, bien plus minuscule … ». Le sérieux s’installe, le professionnalisme aussi, on rigole moins. La batterie est montée en un quart d’heure, et il n’en faut guère davantage pour que la scène ressemble déjà à ce qu’elle sera définitivement. Le premier à répondre aux ordres de Francis, comme toujours, est le batteur. Boum, boum …. Bom, bom … tchak, tchak … les toms y passent les uns après les autres, les cymbales, puis la totale, selon une routine bien établie. C’est sa batterie et Francis la connaît bien. Cependant, et j’ai souvent pu le constater, la même batterie peut sonner très différemment selon l’homme aux baguettes, et le sonorisateur doit en tenir compte.

C’est au tour de Fabio et de sa basse. Il fallait voir la tête de Francis quand Fabio a mis en route sa pédale de disto !! Les yeux grand ouverts en nous regardant, l’air de questionner « c’est normal ce bazar ?? ». Voui voui c’est normal. Il n’y a pas de guitare dans MDC, et la basse occupe de temps en temps l’espace sonore avec ce stratagème. N’empêche, après, Francis me lâchera « ce brol, on dirait une scie électrique, et en plus sa grosse corde va 2x plus fort que les autres, je vais devoir garder mon doigt sur son curseur pendant tout le concert !». Le sound-check se passe comme toujours, avec les habituels petits problèmes de câbles défectueux (jette-moi ce câble, Fabio, c’est sûrement un Fiat) et de larsen, de son plus ou moins fort dans les retours. Ce qui étonne toujours les non-habitués, c’est que le mix ne se passe pas vraiment ici, mais grosso modo au cours du premier morceau, tant la différence est énorme entre le rendu d’une salle vide et d’une salle pleine. Non, ici, il faut principalement s’attacher à ce que chaque instrument donne bien, et qu’il ait une marge de progression en volume ; raison pour laquelle il a fallu par exemple changer trois fois le micro du flûtiste. Et puis tout se fait sans punch, sans intensité ; un sound-check c’est toujours très décevant pour un spectateur, à moins de le prendre pour ce qu’il est, un réglage purement technique.


Alessandro Corvaglia

Quatre sons de claviers (minimoog/mellotron/hammond/piano), une basse, une batterie, une flûte et un chanteur. Point. On est prévenu, ce sera la plongée dans l’italien seventies, le vieux pasta-prog dans tout ce qu’il avait d’original et de différent par rapport à celui que nous avons mieux connu, l’anglais. Revenons-en au concert, et je vais laisser la plume au camarade DD (Dominique Duroulle, un passionné parmi les passionnés) :

 ... je suis encore dans ce fabuleux concert de dimanche soir, où les italiens de La Maschera di Cera m'ont fait frissonné et presque fait pleurer de bonheur, submergé que j'étais par cette divine musique et ce chant italien chargé d'émotion. Tout était parfait : le son, avec la flûte et les claviers bien audibles, les compositions, épiques, le chant, magnifique, les musiciens qui se sont bien lâchés passé leur première stupeur devant ce public hystérique et tout acquis à leur musique. Que du bonheur, je vous dis ! Au programme, après l'intro sur bande ("Il canto dell'inverno"), c'est parti avec "Il Grande Labirinto". Au menu, la plupart des morceaux des deux albums : "Il viaggio nell'oceano capovolto (parte I)", "Ai confini del mondo" (SUBLIME !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!), "La Maschera di Cera", "Del mio mondo che crolla" et "Del mio abisso e del vuoto". Avec en bonus, un morceau de Finistere. Puis en rappel, le morceau qui, aux dires d'Alessandro, le chanteur, clôt leurs concerts "Darkness" de Van der Graff Generator. Mais ils ont dû revenir pour nous interpréter "La consunzione". Et devant tant d'insistance de ce public déchaîné, ils on rejoué "Il Grande Labirinto". Puis, le chanteur et le flûtiste on regagné les coulisses, le batteur se levait pour faire de même, quand Agostino se lance dans un riff de clavier avec le soutien de Fabio, le bassiste. Notre batteur, Maurizio, hésite un court instant avant de se remettre derrière ses fûts pour un puissant "The Knife" de Genesis... Alessandro n'a alors d'autre choix que de jaillir des coulisses pour se lancer dans cette terrifiante interprétation, n'hésitant pas à faire sonner le petit clavier analogique Roland lors de l'intermède instrumental. Vraiment, que du bonheur... D.Duroulle


Le tambourin de Sandrine  ;-)

Pas grand chose à ajouter ... en les rejoignant dans les loges pour la photo-souvenir, j’ai très vite compris que le bonheur avait été partagé : ils sont tombés dans mes bras avec la joie de quelqu’un qui vient de vivre un des moments les plus intenses de l’existence. Leur joie faisait plaisir à voir. Que de superlatifs dans leurs bouches au sujet de la salle, du son, mais surtout de la chaleur du public. Rayonnants, qu’ils étaient.

Autant que ceux dans le public, Stéphane, Claude, Olivier, ... qui jamais ne pensaient voir l’ Italie se déplacer jusqu’à eux, venir dérouler son histoire progressive sous nos pieds.

Je dois à la vérité de vous dire, cependant, qu’il en fut dans le public pour ne guère apprécier le spectacle. Aucun problème, il n’est pas dans mes habitudes de discuter les goûts de chacun, il ne manquerait plus que ça !!  Mais c’est vrai que si vous êtes un inconditionnel de guitares et de longs soli, je comprends que ça put ne pas plaire. Il faut aussi considérer qu’émane de cette musique une ambiance terriblement méditerranéenne, qu’il n’est pas toujours évident d’apprécier dans nos contrées nordiques. A côté de Maschera di Cera, qui nous a fait revivre ici les grands moments du prog purement italien (PFM, Museo Rosenbach, ...), des groupes comme The Watch ou Mangala Vallis font carrément figures d’anglo-saxons, c’est évident.

En réécoutant les bandes du concert, je me dis aussi que tout n’est pas évident à ingurgiter du premier coup, dans la musique de Maschera di Cera ; et qu’il y a des passages terriblement obscurs qui touchent au jazz, parfois même au RIO. Or, il est tellement difficile de trouver leurs albums ici en Belgique que près de la moitié du public a dû venir les voir sans les avoir jamais écoutés, ce qui est quand même un handicap considérable. Pour corroborer mes dires, je citerai un ami néerlandophone, qui ne les connaissait pas du tout : « j’ai beaucoup apprécié le morceau qu’ils ont bissé à la fin, sans doute parce que je l’entendais pour la deuxième fois ce soir ... ». Même ici au Spirit, dans leur petit stand de « marchandises », ne se trouvait aucun de leurs deux albums. Le croirez-vous ? Ils n’ont reçu de leur maison de disque (Mellow Records, pour la citer) AUCUN exemplaire de leurs disques, et doivent les acheter comme tout le monde. Donc, pour nous en vendre, il faudrait d’abord qu’ils les achètent .... figurez-vous qu’ils sont maintenant un peu en froid avec cette maison ; ça vous étonne ??

Il est minuit quand les taxi (toujours nous, Gilles et moi) les reprennent en charge avec nos voitures pour les reconduire à l’hôtel. Installé à l’arrière, Fabio Zuffanti s’exclame « Hey, there’s a Mellotron in your car !! I’m in a car with a Mellotron !! Is it connected to your sono ??” rires ... mais c’est vrai !! c’est le mellotron de Gilles, qui a servi au concert d’Anglagard, et que nous ramenons dans mon break pour un bon entretien.


Andrea Monetti

Lundi 17H30. Une journée a passé, sans que j’aie vraiment pu enlever les images du concert de mon esprit. Mon portable sonne : « pronto ! ici c’est la Maschera di Cera, nous sommes à la gare de Namour ... » ok, j’arrive. Et oui je les ai entassés tous les 6 (+ moi) dans mon break avec leurs valises. Fallait voir Fabio et Agostino recroquevillés dans le coffre au milieu des bagages. Ils en ont même pris une photo, et me l’ont promise. Si elle arrive, je l’affiche !

Cinq minutes plus tard nous sommes dans mon jardin pour un dernier repas ensemble ; Agnès a préparé un barbecue-pain-saucisse-salade-tomate-oignon-moutarde qui aura le succès escompté ! Ils ont passé la journée à Namur à se promener et à fouiner chez les disquaires, ils me montrent d’ailleurs quelques « perles rares» avec lesquelles ils s’en retourneront fièrement ...

En rigolant, ils réclament une guitare. Pas de problème, il y a c’qui faut ! « Et voici Maschera di Cera live in your garden », me dit Alessandro en filmant la scène .... Faut le voir pour le croire, quand même !! Fabio Zuffanti nous interroge sur les réactions dans le public, sur notre opinion par rapport à une musique sans guitare ; c’est manifestement une question qui le turlupine. « Le problème, c’est qu’il nous faudrait une guitare seulement sur certains passages bien précis, plutôt rares. Mais le problème si tu commences à travailler avec un guitariste, c’est qu’il finira par y avoir de la guitare partout et tout le temps, tous ceux que je connais sont comme ça !! » (rires). « Dommage quand même pour The Knife, il nous en aurait fallu un ... tu peux le faire l’année prochaine, me lance-t-il en défi, ayant vu ma vieille Ibanez au mur ... ». Chiche Fabio, je commence à répéter demain, si tu veux ! « Et bien chiche alors ! » ... hum hum .... qu’est-ce que j’ai été lâcher là, moi ...

Fabio poursuit : « Tu vois, il y a encore des gens dans le prog qui aiment Pendragon et rien d’autre, et qui compare tout le reste à ce genre-là. Si tu t’en éloignes, il manquera évidemment pour eux ceci ou cela dans notre musique, comme la guitare bien sûr ; mais l’absence de guitare laisse la place à d’autres richesses, notamment à la flûte, et nous oblige à réfléchir en dehors des sentiers battus, à ne pas boucher les trous avec les solutions classiques du genre hop un p’tit solo. Ceci dit, moi aussi j’aime Pendragon. »

Puis nous les verrons écouter religieusement quelques passages enregistrés hier au Spirit, et Fabio me demande avec insistance de lui repasser ce moment où ils avaient changé un peu l’arrangement, et où « quelqu’un » s’est trompé dans les temps ..... après 2 écoutes, il doit bien reconnaître en rigolant que le fautif, ... c’est lui !!

Il est 20 heures et nous les remettons là où nous les avons trouvés hier, à l’aéroport. Mais ni eux ni nous ne sommes plus dans le même état, nous avons en deux jours emmagasiné un maximum de plaisir partagé, autour de cette musique que nous aimons tant et qui nous passionne. C’est dit, nous irons en Italie, vous rapporter quelques informations « de l’intérieur », lorsque le groupe sera en cours d’enregistrement du troisième album. Quand ? bientôt bientôt, en janvier probablement ; toute la musique est déjà écrite. Je me réjouis à l’avance, et d’écouter leur nouvelle musique, et de les revoir, et de revoir l’ Italie ...

Et maintenant, le tambourin de Sandrine a une vraie histoire à raconter.

Piero.


Live in my garden   ;-))

extraits musicaux du concert au Spirit of 66
avec l'aimable autorisation du groupe :

extrait mp3 : Il viaggo nell'oceano capavolto
extrait mp3 : La maschera di cera