Compte-rendu du concert du 12 janvier 2002.

Texte de mon grand camarade Frédéric DELMOTTE, formidable adepte des descentes de toms virtuels terminées sur des cymbales imaginaires ... mais Ô combien amusantes ...

Photos de l' Argenticien Impressionné Fred Loridant, au site bien connu et repris dans mes liens ...
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Le set livré par Amon Düül II ce 12 janvier restera longtemps ancré dans nos mémoires. Et ce pour plusieurs raisons...
Tout d'abord, le seul nom d'Amon Düül II écrit dans l'agenda des concerts du Spirit tient presque du surréalisme. En effet, ce groupe allemand a connu ses heures de gloire entre 1969 et 1973 ! Alors, pensez un peu, 30 ans plus tard, ils jouent toujours ensemble et décident de remonter sur scène. Moi qui pensais que le groupe était mort et enterré...
Discussion entendue au comptoir aux alentours de 21h : " Mais à propos, quel doit être l'âge moyen actuel des musiciens ?, demande l'un.
-A peu près 50 ans répond l'autre... ".
C'est clair, les discussions vont bon train à propos du groupe. Et on entend de tout pour qualifier le style musical du groupe ? RIO, psyché, progressif, rock déjanté, précurseur, révolutionnaire. Finalement, c'est un peu tout cela à la fois. Lorsque Amon Düül se forme en 1969, les gens découvrent une musique ouverte, libératoire, à la limite provocante, expérimentale, et qui ouvrira la voie du Krautrock et du progressif " germanique ". C'est clair, ce band a vraiment apporté quelque chose au rock. Et c'est probablement la raison pour la quelle il mérite le " label "de groupe culte.

Et pendant que certains se ruent sur les disques en pressage japonais, d'autres jettent un œil indiscret sur la set-list...
" Ce sera un beau programme ", me dit quelqu'un. Effectivement, " Kanaan ", " Surrounded by the stars ", " Wolf city " (entre autres) seront "interprétés ". Vers 21h 30, je commence sérieusement à trépigner : je me réjouis d'entendre enfin ces compositions en son live. Comme décrit plus haut à propos du style musical, le show risque d'être assez explosif. Ce que je me demande surtout, c'est ce que donneront ces compos " vieilles " de 30 ans. Et puis, ls musiciens auront-ils encore leur pêche d'antan ?

 Enfin, les lumières s'éteignent : c'est Renate Knaup-Krötenschwanz, la chanteuse qui fait son apparition la première avec une chanson pratiquement " a capella ". Jusque là, c'est du sérieux. Mais juste après, lorsque les autres musiciens entrent sur scène, j'ai déjà compris... Je suis d'abord étonné, puis surpris et enfin j'éclate de rire avec mon voisin, le Dr Prog. On ne rigole pas d'eux, bien évidemment, on ne se permettrait pas... Mais faut vous dire que sur scène, c'est complètement désordonné : les larsens fusent, la basse est bruyante, tous les musiciens se parlent et cherchent leurs marques, Chris Karrer, légende vivante, n'a pas l'air très clair, et Lothar Meid déguisé en moine à lunettes noires fait déjà hurler sa basse pour vérifier si on l'entend (quant à son âge, vous jugerez par vous-mêmes).


Allez, on se décide et on lance " Kanaan " : bruyant, fascinant, déroutant, génial. Ce qui est certain, c'est qu'on est loin de la version studio, beaucoup plus aboutie. Amon Düül II sur scène, c'est du son brut, forcément approximatif, de l'émotion, beaucoup de feeling, et une bonne pointe de second degré. En fait, on se croirait en 1970. Et finalement, paradoxe, c'est la batterie électronique de Peter Leopold ou le synthé design qui sont anachroniques. Pour le reste, on assiste à une soirée telle qu'Amon Düül pouvait probablement en délivrer à la fin des sixties avec musiciens et instruments d'époque. Et plus les morceaux défilent, plus la magie s'opère. Ce n'est pas toujours joli joli à entendre, mais est-ce vraiment l'important ? Eux, en tout cas, ne se posent pas la question et jouent leurs " standards " cultes. Ou improvisent : je n'oublierai jamais ce percussionniste, jouant du djembé, tantôt avec ses mains, tantôt avec sa tête, et délivrant au micro son " Je suis pilote ...de toi ". A pleurer de rire, littéralement. Entre les morceaux, les musiciens lisent spontanément leur set-list pour savoir quel est le morceau suivant, ou se parlent entre eux avec des sourires complices. Vraiment, c'est du jamais vu !


Plus fort encore, Chris Karrer se trompe d'instrument et est gentiment rappelé à l'ordre par Renate (il est vrai que c'est la première date de leur mini-tournée). Le même Chris Karrer qui, un peu plus tard, renversera les bières posées sur le bord de la scène après avoir redéposé (mais le terme " jeté " convient mieux) ses castagnettes par terre....


Unique déception : le set dure une heure et quart et il n'y aura pas de rappel. Dommage ! Le public n'est pas trop déçu : ce fut court mais intense. Lorsque les lumières se rallument, on tire les conclusions :
Amon Düül II force le respect pour avoir fait preuve de culot en jouant des pièces écrites il y a 30 ans et qui ont mis le Spirit en ébullition.
Amon Düül II confirme (mais qui en doutait encore ?) qu'il a été précurseur et que des groupes tels qu'Ozric Tentacles ou Porcupine Tree, excellents eux aussi, y trouvent forcément leurs racines... Amon Düül après autant de temps a encore une âme. Et enfin, je me dis que je suis heureux de les avoir vus, car je ne sais si on les reverra encore. Qui sait dans 10 ans peut-être, dans le circuit underground, là finalement où ils doivent se sentir probablement le mieux...

 Fred