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Compte-rendu du concert du
12 septembre 2003.
par Olivier Delooz

IQ ... (Prononcez Aïe Kiou) Ces deux lettres résonnent à chaque fois dans ma tête comme les trois syllabes de Genesis ou l'onomatopée de Yes. Vous aurez compris que je place ce groupe dans mon panthéon personnel de la musique progressive.
Quand je prends la route avec mon copain Luc, je me dis donc qu'il y a de plus mauvais moyens de passer la cap de la quarantaine. Encore que le souvenir du précédent concert m'avait laissé un goût mitigé. J'étais mal mis (Trop sur la droite, je n'avais jamais pu voir Martin Orford), il n'y avait pas eu assez de morceaux de Subterranea à mon goût, et la guitare-synthé de Mike Holmes avait posé moult problèmes tout au long du show. En arrivant sur la place des Martyrs, c'est un "merde !" qui me vient à la bouche : une fête foraine occupe le parking. On va encore être parqué à Hout-Si-Ploût.
Dans la salle, il me semble qu'il y a moins de monde que la fois passée. Cela peut s'expliquer par le fait qu'il n'y a pas de nouvel album, et le concert de Maschera di Cera deux jours plus tard. Mais les piliers seront tout de même là : PIero, le Dr Prog et Michèle, Fred et mes potes de St Omer, Steph', Domi et Ludo.
Premier coup d'oeil sur la scène. La disposition est la même que précédemment à part que l'unique écran s'est scindé en trois qui occupent complètement le fond de la scène. Mike officiera à gauche devant Cookie, et John partagera son jeu démonstratif à droite avec Martin. Entre les deux, Monsieur Peter Nicholls.




L'ambiance est très bon enfant, et n'a rien à voir avec celle d'Anglagard, où chaque apparition d'un roadie sur la scène déclenchait des cris d'impatience dans l'assistance. Tout le monde semble sûr de son coup et attend patiemment l'arrivée du groupe.
22h30. L'obscurité envahit le Spirit, les écrans s'animent, et une "musique" techno (vous comprenez les guillemets ?) nous submerge. Malgré mon peu d'engouement pour ce bruit, mes jambes commencent à suivre le rythme méchamment binaire. Pendant ce temps, les quatre instrumentistes prennent leur place, et immédiatement un riff décroissant nous prend les tripes : les premières mesures "Darkest Hour". Les quatre jouent avec une justesse incroyable, et mon impression est que le son lui aussi est impeccable. Un coup à Steph', il est visiblement aussi sous le charme. Arrive un Peter très décontracté et non maquillé. Apparemment, sa première visite au Spirit l'a rassuré et il n'a plus besoin de se protéger derrière un masque. Malheureusement, dès ce morceau d'ouverture, la guitare-synthé de Mike Holmes, ou plutôt son pédalier, se manifeste déjà par des sons incongrus. A part cela, l'interprétation est magnifique, les écrans rappellent par leurs images les ambiances de l'album "Ever" et la fin du morceau est ponctuée d'une salve d'applaudissements chaleureux.


Ils enchaînent avec un "No Love Lost" de l'album 'Nomzamo" beaucoup plus dispensable mais néanmoins enthousiaste. A la fin du morceau, Peter prend une première fois la parole, en français comme il y a un an et demi. Vous êtes un gentleman, Monsieur Nicholls. Il nous précisera qu'ils attendaient avec impatience leur premier retour au Spirit depuis leur première visite. Il annonce le morceau suivant, "Nostalgia" de l'album "Are You Comfortably Sitting", lui aussi pas trop nécessaire.
A la in du morceau, Peter nous annonce qu'ils sont venus avec des chansons nouvelles, chose qui nous place dans l'expectative. "Newie", nous dit-il. Le morceau durera un dizaine de minutes et sera bien accueilli. Cela sonne comme du "Seventh House", bien que, comme me le confiera John Jovitt, les chansons du prochain album seront principalement le fruit d’une collaboration Holmes-Orford, alors que "Seventh House" est plutôt l’œuvre de Mike et de lui-même.

Pour le morceau suivant, il me feront plaisir, avec l’interprétation de "Breathtaker", précédé du splendide instrumental "Laid Low", beau à pleurer comme le guitare de Mike. Ensuite, Peter nous présente le morceau suivant (toujours en français) comme l’histoire de deux soldats qui ont vécu la guerre, l’un qui veut laisser le passé tel qu’il est, et l’autre qui se souvient des copains morts au combat : "The Seventh House" Peter nous fout la chair de poule en interprétant les premiers couplets, ponctués des tacatac des mitrailleuses et des échos sourds d’explosion. Des anges surgis de l’eau noire nous emportent sur le solo de Mike martelé par la Rickenbaker de John et souligné par le piano de Martin. Dans son coin, le métronomique Cookie accentue la rigueur du tempo. Une deuxième regard à Steph me confirme que je ne suis pas le seul à estimer avoir vécu le second grand moment du concert.
Le morceau suivant nous ramène aux époques héroïques. La rythmique électronique de "Corners" ("The Wake") nous invite, tout comme John, à frapper des mains. C'est le morceau idéal pour nous remettre de la sombre beauté du précédent. La chaleur dans la salle gagne un cran (au figuré, parce qu'au propre, il fait pétant, comme d'hab'. Il ont rajouté des ventilateurs, m'avait dit Domi. Ha Ha Ha !). Chaleur qui semble avoir des effets plutôt dévastateurs sur une bande d'allumés, encore plus bruyants que nous (tout est possible). Leurs manifestations semblent tout de même parfois irriter Mike et Peter.

Ce dernier nous annonce alors encore une nouveauté provisoirement appelée "Red Dust Shadow". "Juste pour ce soir", nous précise-t-il. La seule chose que je peux en dire, c'est vivement le prochain album. C'est très prometteur mais impossible de s'enthousiasmer plus avec une seule écoute. C'est vrai pour n'importe quelle chanson, indubitable pour un morceau de prog, même néo.
Suit "Subterranea" (de quel album déjà ?) avec sa basse assassine (magnifique John Jovitt). Les builidings défilent sur les écrans géants, et le public hurle des "Subterranea" à chaque refrain. Sur le final, Martin Orford invite par ses claviers interposés le sax de Tony Wright. C'est superbe, et je sens qu'il ne faut plus grand' chose pour que ce concert soit inoubliable.
S'ensuivent deux pièces incontournables du répertoire d'IQ. Tout d'abord, ils nous offrent "Widow's Peak", pièce maîtresse de l'album "The Wake". Mike impose son phrasé et Martin vient y apposer ses flûtes synthétiques. Puis Paul Cook vient y coller ses percussions rugueuses et le morceau décolle. C'est de toute beauté. Avec les années, le morceau a gagné la puissance que la production de l'époque n'avait pu lui accorder. Vient ensuite "La lumière qui guide". Le piano de Martin et la voix de Peter s'enlacent dans des saisons intemporelles. Malheureusement, Mike veut enchaîner mais son pédalier rend définitivement l'âme. "C'était la première partie de Guiding Light", précise ironiquement Peter. Qu'à cela ne tienne. John entame une jam session avec Martin et Cookie pendant que Mike et ses techniciens déconnectent l'instrument maudit. "Et maintenant, la deuxième partie", annonce Peter, et Mike lance son rif sur l'autre guitare. C'est pas le son attendu, mais ça arrache tout de même. Attention aux éclats ! Ça explose de partout ! C'est Ze pied intégral. Le morceau se calme en reprenant la mélodie du début, et sur les dernières notes, le groupe prend congé …

Pour revenir quasi tout de suite avec un "Failsafe" de derrière les fagots. Cela se calme pour les "I don't know" centraux mais c'est pour mieux se déchaîner sur les paroles finales. Encore heureux que les oreillettes de Peter soient efficaces. Je ne suis pas sûr que le retour sur scène aurait couvert nos beuglements. Le groupe retourne en coulisse mais de nouveau très brièvement. Peter semble attendre nos demandes. "The Wake" par ici, "Last Human Gateway" par là mais ce seront les cinglés de tout à l'heure qui emporteront le morceau. "It All Stops Here", admet Peter avec une pointe d'énervement feinte.

Après le morceau, le groupe regagne définitivement ses loges. Au micro, Francis nous dit que ce sera dur (nous sommes moins nombreux). Il faudra donc se surpasser si nous voulons qu'ils reviennent. Nous ne devons pas attendre trop longtemps. John repointe le bout du nez, suivi des autres membres … et le docteur est content : c'est "The Wake" qu'ils nous offriront, avec sa puissance incroyable, à peine tempérés par quelques coupures par quelques passages plus doux (?). J'ai l'impression que quelqu'un a vendu la mèche car Mike choisit de disparaître vers la bar (comme Anglagard) à la fin du morceau. Mais bizarrement, l'audience ne se disperse pas et reste collée à la scène. Contre toute attente, Mike revient tout seul sur scène, faussement apeuré. Il reprend sa guitare, et ô grande joie, il plaque dessus les accords magnifiques de la partie médiane de "Last Human Gateway" (C'est au tour de Fred de dire merci, il n'est pas le seul !) Nous reprenons plus ou moins correctement l'air que Chante normalement Peter, et à force, Ils reviennent ! D'abord Martin, qui nous aide un peu plus justement pour les paroles. Suivent Paul et Peter. Ce dernier faussement surpris par le tour pendable que Mike et nous sommes en train de lui jouer. Le dernier sera donc John, uniquement revêtu d'un caleçon noir. Il se fera un devoir de jouer sa partie au Taurus nu pieds ! et ce sera l'apothéose d'une très belle soirée (un bien beau cadeau d'annivrsaire pour ma part).

Comme d'habitude, les musiciens reviendront dans la salle et ne seront pas avares pour ici signer un autographe ou accorder une photo, et là prendre la peine de répondre à nos questions et aussi partager notre joie. L'info est à prendre comme elle est mais Mike m'a dit que nous pouvions espérer les DVD de "IQ 20" et "Forever Live" peut-être pour l'année prochaine. En plus du nouvel album, il va y avoir matière.
Une dernière poignée de main à Peter (putain, quel bonhomme !), d'ultimes remerciements pour le grand moment que lui et ses coreligionnaires nous ont fait vivre, et nous reprenons la route encore sous la stupeur. Je termine toujours par des remerciements admiratifs mais quelle autre attitude voulez-vous avoir avec de tels hommes.
Du respect ? Exact, monsieur. Du respect !







