Compte-rendu du concert du 22 janvier 2002.
Je vais vous expliquer comment on peut gagner la partie même quand on a Pallas …. C’est bête, hein ? oui, bon, sorry, je ne le ferai plus.
Cette soirée commença très tôt, puisqu’avec Denis (mon chef-réac, euh ..rédac) et Olivier nous étions là avant tout le monde pour installer le petit stand " prog-résiste " destiné à abonner de force (ou presque) ceux qui allaient passer à notre portée. Tellement tôt que nos joyeux Ecossais n’avaient pas encore terminé leur soundcheck et que nous pûmes immédiatement nous rendre compte de ce qui nous attendait : pêche, classe et hardi son … (et pas comme en France : pèche, chasse et tradition ..)
Deux heures, quatre bières, sept abonnements et quinze bisous plus tard, je me retrouve à l’heure dite au bord de la scène (ah les bords de Seine ..) pour y poireauter encore un quart d’heure, d’ailleurs ! Qu’est-ce que c’est que cette fâcheuse habitude de commencer ¾ d’heure en retard plutôt que la ½ habituelle et convenue … mmmmhhh ? Le Spirit est moins rempli que je le pensais, mais ceux qui sont là se pressent devant le groupe, et c’est bon signe, ça ; très bon signe .. je commence à avoir l’habitude … je commence à lire les augures, je saurai bientôt prédire l’avenir des concerts dans les foies de poulet, si ça continue.
Nappes de claviers, le temps pour les musiciens de s’installer. Le string qui monte (dehors, celui qui a dit "entre les fesses"), les chœurs samplés, et une grosse Rickenbacker qui explose ! ! C’est parti en force. Méga force. C’est " The Cross and the Crucible ", issu du dernier album du même nom. Quelle pêche, quelle pompe … ça se calme un peu pour laisser de la place à Alan Reed dont la voix grave et rocailleuse n’est guère en rapport avec le physique plutôt chétif du garçon. Pas chétifs en revanche les deux porteurs de manche ! Greame Murray martèle sa basse comme c’est pas permis, tandis que Niall Mathewson, un peu moins épais physiquement, tire de sa Squire rigoureusement les mêmes prodigieux sons que sur l’album. D’une pureté magnifique dans les solos, cristallin dans les arpèges, lourd dans les riffs.

" Cross " étale ses 9 minutes sans qu’on s’en rende compte, avec d’impressionnants passages de chorus, et la reprise où sortent de scène 4 énormes et splendides sortes de flammes , en fait 4 draps de soie soufflés par des ventilateurs au sol, éclairés de lumière halogène de façon à imiter l’effet du feu. Joli.
" For the greater Glory " enchaîne. Pompeux de chez pompeux. Mais tellement rempli d’énergie que c’en est magnifique. Je ne devrais peut-être pas mais j’adore. Et puis quand Greame hurle les cris dans le micro, c’en est trop, quelle puissance, ça vibre de partout, et même sans que le volume ne soit trop fort. Frissons quand monte ,après le break, la guitare de Niall pour annoncer le grandiose final ….. ai bien fait de venir, didjûûû.

Applaudissements déjà fort nourris. Alan empoigne la guitare acoustique pour démarrer " Who’s to blame ", toujours du dernier CD. Plus calme, plus mélodique, avec une basse qui glisse, qui pousse, et une guitare qui explose " à la Andy Summers ". Une chouette ballade énergique qui jamais n’accepte de tomber dans la popinetterie. J’adore.
Voilà que Graeme se met à nous remercier, nous les Belges … au grand étonnement de ses copains du groupe. De quoi ? pour la présence d’un certain joueur belge dans l’équipe de football d’ Aberdeen (Roberto Bisconti, ex-Standard et Charleroi), qui paraît-il est un formidable joueur …. Comme je vous le dis !
Viennent alors 4 plus vieux morceaux, dont 2 de " Beat the drum " qui me paraissent bien meilleurs que le souvenir que j’en avais sur disque. Nos hommes semblent de plus en plus prendre leur pied, et nous aussi ; surtout quand le copain Fred vient nous rejoindre à l’avant, histoire de montrer, comme à son habitude, au batteur comment il doit terminer ses longues descentes de toms sur la cymbale crash ….

Je n’y tiens plus, et bien contre mon gré je dois rejoindre le fond de la salle pour y faire vidange. Passant derrière la table de mixage, je constate que le " son " de ce soir porte …. Le Kilt ! un vrai de vrai avec les bourses en dehors. Enfin, les bourses … les portes-monnaie, je veux dire, hein … Avec mon appareil photo rotatif, j’aurais bien scientifiquement vérifié par le bas tout ce qu’on dit sur le port du kilt (et du sous-kilt), mais le concert était trop bon pour prendre le risque d’en voir la fin depuis un lit d’hôpital … le " son " était aussi assez costaud … plus que moi en tout cas.
A la lecture de ce
que vous êtes en train de lire (vous suivez ?), Jean-Marc Roussel m'écrit ceci
:
"je suis surpris que tu ne parles pas de l'émotion
de Alan Reed pendant l'interprétation de "Blood and Roses" (Beat the
Drum). Indéniablement, cette chanson signifie quelque chose de très fort et de
très personnel pour Alan, surtout quand on se concentre sur les paroles, et
personnellement cela m'a terriblement boulversé de voir ce garçon d'apparence
très joyeuse avoir du mal à contenir ses larmes, à un point tel que moi-même
j'ai eu tout autant de mal..."
Ben oui, Jean-Marc, mais comme je viens de le dire, il fallait absolument
que j'aille pisser, et j'ai raté ça ...
Ce concert était tellement bon qu'il n'y avait pas de bon moment pour aller
pisser ...
Retour à l’avant pour moi, et au dernier album pour le band, avec le splendide et sombre " Towers of Babble " au milieu duquel, comme sur le CD, Ronnie Brown se prend pour Rick Wakeman se prenant pour Bach, et que Niall parvient à imiter avec sa guitare les sons de harpe d’ Andreas Wollenveider. Prodigieux. Puis " Celebration ", qui termine la partie " normale " du gig. Ca c’est encore un superbe morceau, imaginez du Pendragon avec la basse de Chris Squire, ça devrait donner à peu près cela. Bon. Voilà donc qu’Ils se permettent déjà de nous dire au revoir ; se rendent pas compte de ce qui les attend…

Il ne leur faut pas bien longtemps pour revenir enfourcher leurs instruments, ils doivent être impatients de nous faire " Midas touch ", la pièce épique du dernier album. Gros son, vraiment gros son. Juste peut-être les claviers un peu trop en retrait ; mais s’il fallait trouver des explications, j’en citerais au moins 2 : d’abord c’était pas Francis au son, (d’ailleurs je ne le vois pas porter un kilt) (quoique), ensuite de là où je suis, j’entend assez fort les amplis guitare et basse en direct, ce qui me fausse la balance établie dans le fond de la salle. Donc si t’es pas content, Piero, t’ as qu’ à aller dans le fond de la salle, na.

Tout en jouant, Graeme le bassiste se rapproche de Niall le guitariste pour se marrer un peu ensemble … juste devant moi. Voyant que je me prépare à prendre ma 172ème photo de la soirée, ils prennent la pose et la conservent le temps qu’il faudra aux piles presque plates de mon petit appareil pour se mettre en ready, et immortaliser le moment. Alors que le morceau continue et sous l’hilarité d’ Alan, Niall me fait comprendre par d’horribles grimaces et mouvements de tête qu’il voudrait voir le résultat …. Je m’exécute et il se marre, nous aussi. Tout ça pour vous situer l’ambiance de cette fin de gig, super, chaude, et familiale. Le Spirit ne ressemble à rien d’autre, mais ça je dois l’avoir déjà dit, non ?

Après le vieux et enlevé " Cut and Run ", ils nous saluent pour la 2ème fois. Puis reviennent très vite avant qu’on ne casse tout pour nous abreuver d’un " Arrive alive " bien pêchu, presque hard. En tout cas, nous, on danse dans tous les sens, on se marre, on crie, on chante, et on se fait plaisir, quoi, finalement.
Ils nous saluent pour la 3ème fois. Un coup d’œil à la play-list collée sur le retour de Niall me fait comprendre que le concert devrait maintenant être bien terminé. C’est ici qu’entre en fonction la " magie du Ekwè ". Ne me demandez pas d’expliquer, faut le vivre pour comprendre.
Toujours est-il qu’ils réapparaissent, après un peu plus de temps cette fois. Alan tente de nous expliquer qu’ils n’ont plus rien à jouer et qu’ils vont devoir bisser … les autres ne le laissent même pas finir sa phrase qu’ils ont déjà entonné un truc que tout le monde connaît … Alan, visiblement pas averti, reconnaît le bazar en une seconde, bondit sur place en se marrant et se met au diapason ….. C’est du Deep Purple ; c’est Black Night. Du Hard que je vous disais ! Du vrai, avec des orgues, avec une bonne basse et une batterie roulante, et pas seulement avec une double grosse caisse (boumbadaboum) et des guitares sursaturées (j’aime pas). Du hard comme celui que j’ai appris à l’école, du qui nous fait rire et sauter, du festif et pas du violent, du qui nous rend heureux d’être là !

Ils nous saluent pour la 4ème fois. Et la ce sera long, très long, très très long, mais on les aura ! A force de chants, de cris, de beugleries, de vociférations et d’applaudissements quand même, nous parvenons à les faire remonter encore sur scène ! Nos Ecossais sont aux anges, ils savourent leur bonheur, s’embrassent entre eux, … et … reprennent une dernière fois les instruments pour un ultime baroud.
Ils nous saluent pour la 5ème fois. La bonne. On est vidé. Mais il y a tout ce qu’il faut au Spirit pour se refaire la santé, et c’est en compagnie des musiciens que nous nous réhydratons sérieusement (sur ordre médical, bien sûr).
Ils m’expliquent pourquoi, malgré la demande générale du public en folie, ils ne nous ont pas fait " Atlantis ". Il s’agit d’un morceau dont les sons de clavier varient sans arrêt, et qu’il est impossible de reproduire sans l’aide d’une programmation automatique des séquences. Or, ils n’avaient pas sur eux cette programmation … ce sera pour la prochaine fois, promis !
A ma question sur la longueur de la tournée, Niall me parle de seulement 5 dates, dont un aller-retour Allemagne-Italie qui lui ferait encore bien étrangler le manager qui a arrangé ça s’il le tenait dans ses paluches … il me parle aussi de cette infecte Jupiler qu’il boit juste pour se désaltérer et manifestement pas par goût. Je lui spécifie alors que nous avons en Belgique de bien meilleures bières, mais doute un peu trop fortes pour un écossais ….. ce à quoi il me répond par un sec, mais amusé I DON’T think so ! ! ! ! et je veux bien le croire, pétard ; après avoir vu Fish et Pallas, on sait ce que représentent la bière et le football pour un écossais ; et je ne vous parle même pas du wisky !
Ma discussion avec Graeme n’est pas triste non plus. D’abord il m’écrit carrément que les Belges sont les meilleurs et qu’il nous aime, ce qui est déjà bien ; juste mais bien ; et me raconte ensuite qu’ils envisagent d’enregistrer le concert du Paradiso en Hollande pour un possible DVD. Je comprend vite à sa moue qu’il se méfie un peu de la réaction batave, généralement plus froide semble-t-il, et me propose rien moins que de venir avec les copains y mettre l’ambiance utile à un bon gig de Pallas. Ca risque d’être difficile, Graeme, mais c’est dommage, ça m’aurait plu ! ! Vraiment ! Il me semble que tu as pris du plaisir, aujourd’hui, que je lui dis comme ça ; tu ne peux pas le nier, je l’ai bien vu. " A peu près autant que toi , man", me répond-il, " et tu ne peux pas le nier, je l’ai vu aussi " …. Rires et fortes poignées de main …. Il a raison, le Graeme.