Compte-rendu du concert du 28 mars 2002.

 à concert déjanté, review déjanté ....
la parole est au docteur prog,
et accrochez-vous !!!

            Il est de ces soirées qui se commencent sous des auspices peu favorables et qui se terminent comme un des souvenirs les plus marquants de ma plutôt longue carrière d’écumeur de salles de concerts en général et du Spirit en particulier...

D’abord, parce que je relève de maladie (morale, ça c’est plutôt normal pour un excité comme moi - c’est comme la bourse, ça monte et ça descend-, mais aussi physique, ce qui est plus rare et me fait bien chier), mais en plus je pars le lendemain en bagnole pour Bordeaux ce qui ne m’encourage pas à aller braver les 120 bornes qui me séparent du temple du rock et du prog... Tout ça pour aller voir quelque tchèques fêlés que je ne sais même pas si ça va me plaire, mais qu’ils m’ont toujours fait rire et que cela me fera peut-être du bien...

Ensuite, parce qu’on est à la bourre, avec Dominique entre le boulot, l’auto et le dodo qui risque d’être bref... Bref, justement, on arrive “limite” à huit heures et demie, accueilli par ZeBigBoss himself qui n’a pas l’air plus enthousiaste que ça...

Bibi: “E’Kwe, Francis, t’as pas l’air rassuré?”
Francis: “C’est n’importe quoi leur truc... J’ai peur...”
Bibi: “Bah, ils sont tchèques, j’t’avais ben dit qu’y z’étaient fous, c’est normal”
Francis: “Ouais, mais ce que j’ai entendu au sound-check, c’était archi-mauvais!”
Bibi: “Pas grave, il y aura le sax qui va être rigolo...”
Francis: “Y a pas de sax, ça fait quatre mois qu’y s’est barré...”
Bibi: “Comment y vont faire pour le ska-punk-prog, alors, sans sax?”
Francis: “A mon avis, ça va être du punk prout-prout...”

Dont acte, en wallon dans le texte et que venait-on faire dans cette galère, tels de bourgeois gentilshommes en quête de musique prog?

A peine le temps de commander une chope que ‘cis nous annonce textuellement au micro “Je ne sais pas ce que va donner le deuxième groupe, mais au moins le premier est bon et va vous surprendre...”

Merde alors, une première partie! A quelle heure je vais rentrer, moi?

Bon, avant de jeter une oreille sur ce premier groupe, dont je ne sais rien, pas même le nom, je dévisage l’assistance: 35% de membre de Prog-Resiste, 30% d’abonnés, 15% d’invités et 20% de trisomiques. Véridique. On est une vingtaine et 4 mongoliens enthousiastes font partie du public, avec leur gentillesse et leur air réjoui, échappant régulièrement à l’attention de leurs accompagnateurs... Familial et bon enfant, surréaliste et y a qu’au Spirit qu’on voit ça!

Le premier groupe est bon. Très bon, même... Guitare, Basse dans un coin, concentré et jeune (aucun rapport de cause à effet), un batteur            jazzy caché derrière ses cheveux et ses fûts (toujours aucun rapport) et un pianiste, trompettiste, chanteur, danseur, amuseur et métis (je vous dis qu’il n’y a aucun rapport, bordel!). A partir du deuxième morceau, s’ajoute une chanteuse et vogue la galère pour du jazz-prog-samba-rock un peu allumé et déjanté avec des superbes parties vocales et pleins de surprises musicales... Le temps passe vite car on s’amuse bien et on se dit que la soirée ne va pas être complètement loupée... Après, j’ai appris qu’ils étaient belges, encore après j’ai su qu’ils étaient Verviétois et encore encore après qu’ils s’appelaient Ayda... Genre de groupe à inviter au prochain anniversaire...

Quelques chopes plus tard commence l’agression musicale. On se fait engueuler comme du poisson pourri par quatre excités qui jouent à une vitesse telle qu’on cherche la télécommande pour mettre la pause et qu’on se demande quelle connerie on a bien pu faire pour mériter un tel traitement, à part d’éliminer l’équipe de Tchéquie pour la coupe du monde... Que je vous décrive les zigotos: un lead guitariste, discret, mais hyper technique qui défile les solo dans un brouhaha de hall de gare. Un bassiste qui torture son manche, mine de rien, le sourire en coin et qu’on a l’impression qu’il vient de vous raconter une bonne blague (ce qui est peut-être le cas, mais mon compte-tchèque est limité). Un batteur, qui sans en mettre partout arrive à taper tellement vite que Tex Avery à côté c’est Blanche Neige et que si on lui filait un litre de crème fraîche on pourrait faire 3 kilos de meringue. Mais le pire c’est le guitariste rythmique et pianiste occasionnel... Je comprends pourquoi on parle de zappa, car ce type n’est pas zappable... Une énergie farouche et endiablée, suant explosant éructant, le tout en même temps... Quand il passe au piano, c’est pire... Les notes défilent comme les premiers films de Laurel & Hardy, il postillonne dans le micro (on VOIT les postillons, très esthétique) et transpire tellement qu’on à l’impression de voir le tourniquet du jardin des plantes un jour de grande canicule. Physiquement, on dirait Naf-Naf, le petit cochon plus intelligent qui construit une baraque en brique, car musicalement c’est archi-béton et le grand méchant loup qui trouve la fausse note peut toujours souffler.

Mais que vouliez qu’on fasse devant un tel spectacle? On se marre! On adore! C’est mieux que du théâtre! Quand les trois musiciens se mettent à marteler, vocaliser, beugler, hurler, sur des tons et de rythmes différents, avec en (gros) bruit de fond la musique totalement imprévisible, on se dit que c’est unique et qu’on ne donnerait pas sa place pour mourir...

Il y a eu, dans mes souvenirs, trois groupes qui ont réussi à provoquer une explosion de rire surréaliste au Spirit...

1. Gong: quand Gillie Smyth, hallucinée, a psalmodié “Bienvenue au royaume des fées, nous sommes dans le jardin”, regardant au loin le bar du fond de la salle comme si c’était un tabernacle.

2. Amon Düül II: quand le batteur, un immense djembé entre les jambes annônait “Je suis pilote... de toi” en dévisageant la salle d’un air de Frankenstein d’opérette

3. Uz Jsme Doma: Quand au beau milieu d’un morceau (et parfaitement dans le rythme) ils ont beuglé comme des sourds “Je suis très très très content d’être parmi vous”

Autre temps, fort, le fameux morceau “Tiloup Tiloup Tiloupti”  et cette pièce d’anthologie ou ils partent d’une parodie du style “Will you love me baby”, très sirupeux pour finir par (petit à petit) hurler la même phrase tels des hystériques...Du Tex Avery, je vous dis !

 Le clan Prog-Résiste est aux anges, les jeux de mots fusent (Ils ont fait le Sound Tchèque, On peut payer par Thèque?, etc...); Michel est ravi, car pour une fois l’engueulade qu’il va se prendre en rentrant ressemblera à une mélodie au côté de la violence du concert; le maigre public se rue sur le stand, achetant force T-shirt et CD, les faisant dédicacer par des musiciens très gentils (on a quand même eu un peu peur de les approcher) et je laisserai le mot de la fin à un de nos abonnés présent dans la salle:

“Incroyable. Jamais vu ça. Je ne savais même pas que ça pouvait exister.”

Dr Prog